Anjajavy, l’île du rendez-vous

Amanda est une îlienne qui croit au Prince Charmant. Elle vit sur son île brûlée par le soleil, coupée du reste du monde, un bout de terre où il ne se passe jamais rien, pendant que son Prince existe – oui il existe … mais à l’autre bout du monde. Sans doute ne la rencontrera-elle jamais.

Toujours est-il qu’elle est décidée à l’attendre.


Il tendit quelques billets, et fourra des poires dans son casque moto.
– Vous n’auriez pas 200 Ariary ? fit la mama derrière son étal de fruits.
Bien sûr, il avait tout.
Yeux rieurs et charmeurs, nez aquilin, lèvres charnues, barbe naissante.
Sous son T-shirt un torse puissant à faire frémir une sainte. Un jeans délavé et des bottes.
Taille, le mètre 85. Cheveux d’un noir de jais.
Certes, il avait tout. Mais pas 200 Ariary.
Amanda défroissait un billet et lui effleura l’épaule.
Amanda elle, n’avait rien – mais avait quand-même 200 Ariary.
Une peau trop noire à son goût.
Des cheveux afros qui sentaient la mer et l’amer. De grands yeux sombres.
Dans sa main des raisins frais et ses lunettes noires.
Alors qu’elle s’éloignait vers sa bicyclette rose, elle sentit derrière elle des pas de bottes qui s’enfonçaient dans le sable. Des pas qui la suivaient.
– Miss ! Attendez !
Ce fut l’inconnu.
Et une violette. Une violette, pour qui ? Pour moi ? Pourquoi ? Merci mais je ne peux accepter.
– Un fiancé ?
– Oui peut-être. Je l’attends depuis longtemps, il n’est jamais venu.
Que lui arrivait-il de raconter sa vie privée à cet inconnu au juste ?
– Alors, il n’existe pas …
– Si … à travers les cartes postales que je reçois. Une fois par mois. Il s’appelle Gaston, il est cuisinier et depuis …
Mais un tourbillon de vent marin ébouriffa ses cheveux, emportant le reste de ses paroles.
L’inconnu caressa sa barbe naissante d’un air faussement ennuyé.
– C’est tout ce que vous savez de lui ? Après tout, il est peut-être marié, votre fiancé fantôme ; des gosses sur les bras, gras et chauve, l’ennui mortel … Vous croyez que lui, vous attend ? De plus, comment voulez-vous qu’il débarque ici sur votre petite île oubliée du reste du monde ?
– Il a promis.
– Donc Mademoiselle collectionne les cartes postales et n’en a cure de ma petite fleur innocente. Excusez-moi mais vous êtes bonne poire, vous …
Elle fronça les sourcils.
Désigna d’une moue le casque qui pendait à son poignet.
– Occupez-vous plutôt de VOS poires !!
Au loin dans les arbres, un sifaka jacassait.
– Okey. Mais moi … je peux vous écrire une carte postale, dites ?
De mieux en mieux. Où voulait-il en venir ? Se sachant séduisant, comptait-il user de son charme comme il avait dû le faire tout au long de sa vie de don juan ? Elle posa ses lunettes noires sur son nez et se mit à rire. Un petit rire sans joie.
– Vous savez, je commence à me dire que j’ai eu tort d’avoir pris des raisins … Puis-je compter sur vous pour me lâcher la grappe ?
Pour toute réponse, un éclat de rire retentissant qui fit fuir le sifaka.
Vite, partir !
Et d’abord, que faisait-il ici, cet hurluberlu à moto et au casque bourré de poires ?
Cuire un chausson pour le dessert, sans doute ?
Elle enfourcha sa bicyclette rose.
En tout cas, elle s’estimait ne pas être assez tarte pour le déguster à ses côtés.


La suite à découvrir :

Timbré et Au cœur de la nuit

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