Au cœur de la nuit

Au cœur de la nuit est la suite du billet Anjajavy, l’île du rendez-vous et Timbré


Amanda braqua sa torche sur le minuscule corps couché dans les feuillages.
Il n’avait pas bougé.
Le pâle faisceau de lumière balayait les branches, et elle soupira.
Cela faisait deux jours qu’il n’avait pas touché aux dés de fruits qu’elle y plaçait un peu partout chaque soir.
–  Ton aye-aye n’a pas dîné ?
Cette voix … Oui, c’était bien sa voix.
Son cœur fit un bond.
Mais diantre, que faisait-il ici ? A cette heure de la nuit ?
Elle s’abstint toutefois de tourner la tête.
D’ailleurs en position assez complexe, en équilibre sur une branche, dos plaqué contre le tronc de son arbre, ce n’était guère le meilleur moment pour exécuter la chute magistrale, aussi gracieuse soit-elle.
–  Il a besoin de soins, fit-elle en examinant l’animal de plus près. Je dois lui faire une injection en urgence.
La torche entre les dents, elle défit son paréo aux soleils bleus, le plia en quatre.
Fit des nœuds sur les bouts, plaça le petit corps chaud dans la paume de sa main et l’installa au fond des soleils bleus.
Puis elle sauta à terre, et croisa enfin son regard.
Gaston, debout dans un carré sous la lueur de la lune.
L’air amusé, parcourant des yeux sa peau.
Elle qui oubliait qu’elle était en deux-pièces.
–  Que fais-tu ici ? souffla-t-elle.
–  Drôle de question. Je n’ai pas le droit ?
A travers la pénombre, Amanda vit un sourire se dessiner sur son visage, sourire qui semblait commenter ses courbes et sa quasi nudité.

Troublée.

Vite, jeter la lampe torche dans sa besace.
Se faufiler en hâte entre les arbustes.
Vite, prendre la fuite. Encore une fois.
Mais il la rejoignit à grandes enjambées.
Cap vers Anjajavy le Grand Hôtel.
Seul le bruit des brindilles, qui craquaient sous leurs tongs.
–  On retrouve combien d’aye-aye dans cette forêt ? s’enquit-il, brisant le silence.
–  Une petite dizaine. C’est un animal solitaire et nocturne, qui ne se reproduit pas comme les lapins, malheureusement …
–  Dommage. Je les aime déjà.
–  Mais il n’y a pas que les ayes-ayes ici.
–  Je sais. A la plage, c’était presque désert. Mais de petits crabes et des tortues de mer m’ont tenu compagnie.
A son grand soulagement, le complexe hôtelier s’annonça enfin. Ils contournèrent la terrasse en bois de palissandre, d’où naissaient les rires et les cliquetis des couverts et des verres en cristal. Puis traversèrent encore une clairière et finalement atteignirent une discrète construction de bois derrière les taillis.
Amanda poussa une porte, et la lumière inonda la pièce. Ce fut la salle des soins.
Puis Gaston lui prit des mains le paréo et coucha l’aye-aye sur la paillasse, au moment où elle préparait l’injection.
Sans mot dire, il dégagea la petite patte repliée sous la cuisse.
Respiration saccadée.
Légers soubresauts, presque imperceptibles.
Regard inexpressif.
Amanda alluma la grosse lampe, dirigeant le jet de lumière sur la fourrure immobile.
–  Il a un hématome au-dessous de la côte. Peux-tu lui raser cette partie-ci, juste avant le coude … On va le mettre sous sérum, du moins cette nuit.
L’aiguille disparut sous la fourrure brune, pendant que Gaston s’exécutait.
–  Je fais baisser la fièvre.
Elle sourit. Les gestes étaient bien précis. Lentement dirigés.
Une petite veine se révéla alors au-dessous de la peau, sous laquelle la deuxième aiguille y disparut aussitôt.
–  Beau travail, fit-elle. Il va dormir comme un loir toute la nuit. Demain, on examine son hématome de plus près.
Alors, il se pencha vers elle et déposa de petits baisers sous le lobe de son oreille. Puis au creux du cou.
Elle tressaillit. Ses baisers étaient presque brûlants.
–  C’est sexy, un vétérinaire des îles en bikini, murmura-t-il.
Elle qui avait toujours rêvé de leur première rencontre et du premier baiser à l’aéroport, avec un bouquet de fleurs …
Mais il n’y avait point d’aéroport. Point de fleurs.
Juste un aye-aye endormi sur son paréo aux soleils bleus.

Mais à quoi bon ? Quand ses lèvres se posèrent sur les siennes, elle avait de toute façon perdu les pétales pédales.

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