Katsepy, l’île au soleil couchant

Hugo comptait passer une journée d’excursion à Katsepy, à trois quarts d’heure de traversée en mer au départ de Majunga (Madagascar). Il rêvait de village sauvage arrosé de rhum arrangé au sucre de canne. Se voyait déjà mordre dans les beignets ronds de l’épi-bar de la plage.

Hélas, ses rêves prirent le large … bien avant lui.


–     Excusez-moi, criais-je, c’est bien le ferry boat en partance pour Katsepy ?
Pas de réponse, bonne réponse.
Les manutentionnaires couleur cacao s’affairaient autour de la cargaison, pendant que le dernier Sportero évoluait sur la rampe amovible pour rejoindre la cale.
Alright.
Pourquoi voulais-je absolument me rendre à Katsepy, au juste ?
Tout en sachant que la photo de ce ferry rouillé n’amasserait guère une dizaine de j’aime sur mon Facebook ?
Cependant, comme les passagers commençaient à embarquer sur le pont, je me décidai à me fondre dans le décor, dans le flot d’îliens couleur cacao et les touristes d’ici et d’ailleurs.
Et il y eut elle, au bord du quai grouillant de monde, sous la chaleur écrasante.
En tresses africaines, le regard perdu dans la mer.
Elle, cette îlienne roulée dans un lambahoany paréo couleur rouille.
Et moi qui aimais les ratatouilles.
Mais je ne pouvais que la coucher sur papier.
Et je voyais un papillon se poser sur la bandoulière de sa besace.
Mais mon regard ayant certainement dû lui brûler la peau, elle tourna la tête et nos yeux se croisèrent.
–      Salut Bella, fis-je.
–      Bonjour Monsieur.
Long silence.
Puis Bella parla.
–      Ton sac, Monsieur. Il est … tailladé.
Lèvres rouges cerise sur peau chocolatée.
–      Pardon ? Vous me parliez ?
–      Je dis que ton sac à dos là, il est tailladé.
Oui, comment avais-je pu rater ça ? Dans un long soupir, je le posai à terre, ce sac à dos tailladé.
Ok.
–      ET QUI EST L’ENFLURE QUI A OSE ??
J’avais hurlé si fort que le papillon s’envola.
Si fort que les tresses africaines frisèrent (le ridicule).
Et maintenant, je fais quoi ? C’est incroyable, moi qui suis venu m’offrir de vraies aventures … Me voici dans de beaux draps ! Je fulminais de rage. Maudissais le ciel. Traitais les saints de tous les noms. Hurlais de dégoût.
–      Mais Monsieur, est-ce la fin du monde ? Il y avait quoi dans ce sac … ?
Ce fut la douce voix de Bella.
–      Mon sandwich au saumon, ma canette de bière et mes cigarettes !
Silence.
–      La prochaine fois Monsieur, oublie le ferry-boat. Je crois que Monsieur est fait pour les catas marrants.
Sur ce, Bella disparut dans le tourbillon de foule couleur cacao.
Moi je n’avais plus un rond pour me payer mon excursion. Mais ma bouche, dessinait un rond et long cri silencieux qui voulait la retenir.
Plus jamais je ne la reverrai.
Je ne sus même pas son nom.

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2 réflexions sur “Katsepy, l’île au soleil couchant

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