Katsepy, le bout de terre au soleil couchant

Hugo comptait passer une journée d’excursion à Katsepy, à trois quarts d’heure de traversée en mer au départ de Majunga, Madagascar. Il rêvait de village sauvage arrosé de rhum arrangé au sucre de canne. Se voyait déjà mordre dans les beignets ronds de l’épi-bar de la plage.

Hélas, ses rêves prirent le large … bien avant lui.


–     Excusez-moi, cria-t-il, c’est bien le ferry boat en partance pour Katsepy ?
Pas de réponse, bonne réponse.
Les manutentionnaires couleur cacao s’affairaient autour de la cargaison, pendant que le dernier Sportero avançait sur la rampe amovible pour s’immobilier dans la cale.
Pourquoi Hugo voulait-il absolument se rendre à Katsepy, au juste ?
Espérait-il que la bête photo de ce ferry rouillé aux allures incertaines amasserait une bonne dizaine de coeurs roses sur son Twitter … ? Sans doute.
Cependant, comme les passagers commençaient à embarquer sur le pont, Hugo se décidait à se fondre dans le décor, dans le flot d’îliens couleur cacao et de touristes d’ici et d’ailleurs.
Et il y eut elle, au bord du quai grouillant de monde, sous la chaleur écrasante.
En tresses africaines, le regard perdu dans la mer.
Elle, cette îlienne roulée dans un lamba paréo couleur rouille.
Et Hugo qui aimait les ratatouilles.
Mais il ne pouvait hélas que la coucher sur papier.
Il vit un papillon se poser sur la bandoulière de sa besace.
Mais son regard ayant certainement dû lui brûler la peau, elle tourna la tête et leurs yeux se croisèrent.
–      Salut Bella, fit Hugo.
–      Bonjour Monsieur.
Long silence.
Puis Bella parla.
–      Ton sac, Monsieur. Il est … tailladé.
Lèvres rouges cerise sur peau chocolatée.
–      Pardon ? Vous me parliez ?
–      Je dis que ton sac à dos là, il est tailladé.
Oh ! Mais comment … ? Dans un long soupir, il le posa à terre, ce sac à dos tailladé.
Ok.
–      ET QUI EST L’ENFLURE QUI A OSÉ ??
Il avait hurlé si fort que le papillon s’envola.
Si fort que les tresses africaines frisèrent le ridicule.
Et maintenant, je fais quoi ? fulmina intérieurement Hugo. C’est incroyable, moi qui suis venu m’offrir de vraies aventures … Je ne m’attendais pas à ce que l’on m’accueillît à draps ouverts certes, mais me voici bel et bien dans de beaux draps ! Il maudit le ciel. Traitait les saints de tous les noms. Pleurait de dégoût.
–      Mais Monsieur, est-ce la fin du monde ? Il y avait quoi dans ce sac … ?
Ce fut la douce voix de Bella.
–      Mon sandwich au saumon, ma canette de bière et mes cigarettes !
Silence.
–      La prochaine fois Monsieur, oublie le ferry-boat. Je crois que Monsieur est fait pour les catas marrants.
Sur ce, Bella disparut dans le tourbillon de foule couleur cacao.
Hugo n’avait plus un rond pour se payer son excursion.
Plus jamais il ne la reverrait.
Il ne sut même pas son nom.

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