Cap sur Ifaty, Madagascar

La carte du Sud et la feuille de route

***

Sur la route de Tuléar Jour 1 et Jour 2

“Kiwi-carambole” pouvait-on lire sur une enseigne aux couleurs naïves d’une gargote à la borne kilométrique 255. Perdue entre les étals de fruits et deux poids lourds garés en épi, elle proposait plutôt ses bocaux de citrons confits aux voyageurs, au cours de leur brève halte.

Ce jour-là, sous un soleil de plomb, nous roulions paisibles sur la Nationale 7 en direction du Sud de l’île. Un barbecue n’ayant finalement pas servi pour ce périple, se retrouva embarqué sur le porte-bagages. Et à bord, les rires insouciants d’une poignée de jeunes déjantés, deux couples seniors sans histoires, et trois garnements se disputant des Doritos.

Certes, environ 900 kilomètres d’asphalte entrecoupés de piste de gravillons restaient à parcourir, dont la moitié de la route en terre aride jusqu’à destination : Ifaty, petit village de pêcheurs Vezo, “peuple des canoës”. Nous le savions, cette région de l’Androy, brûlée par le soleil et ne connaissant point de pluie ou presque, souffrait de sécheresse tout au long de l’année.

De miles en miles, jusqu’à Fianarantsoa, les notes oldies jouaient au fil d’une playlist rétro. S’envolaient au-delà de nos vitres pour humer la liberté et la fraîcheur des rizières … Voletaient autour d’une charrue en bord de route, avant de mourir avec ce caméléon écrasé par les roues de notre minibus de brousse prudemment lancé à 95 km/h.

Se révélait alors, au fil des kilomètres qui fonçaient vers le Sud, la splendeur du paysage subdésertique parsemé d’épineux. Il ne fut pas rare, en effet, de croiser ces familles de cactus – les raketa – sur cette portion de Colorado perdue au milieu de nulle part. Ou encore des étendues de sable couvrant le lit d’un fleuve que la sécheresse tarissait, au-dessus desquelles évoluaient des zébus en file indienne.

Parfois, l’interminable bande de bitume traversant le pays Mahafaly laissait découvrir un ou deux tombeaux aux allures folkloriques en bord de route, ornés d’aloalo et de cornes de bœufs décharnés.

– Le saviez-vous, commentait une voix à l’arrière, l’art funéraire Mahafaly en dit long sur ces bucranes …

 – En ce sens qu’ils laisseraient deviner la position sociale et les richesses du défunt …? Ah, petit trait d’humour, les amis ! Et saviez-vous que pour séduire un Prince du Sud, lui faire un compliment comme “Oh, t’as de beaux bœufs tu sais !”

– Olà, les zébus, toujours les zébus, ces éternels convoités du Sud … soupira notre homme au volant, après avoir ajusté ses lunettes pour se concentrer sur un fragment de piste de terre qui, au loin, apparaissait en contre-jour.

Et les dahalo, redoutables traqueurs de gros bétail, seraient-ils au rendez-vous, cette nuit-là … ? Nul ne le saurait.

Pendant ce temps, notre route filait entre les massifs de canyons et l’infinie savane ourlée de buissons rougeoyants, cette fois en territoire Bara. Au loin, les branches d’un baobab solitaire balafrait le bleu du ciel, tandis qu’un appareil argentique, amoureusement, attardait son zoom sur la fenêtre de l’Isalo et sa Reine.

Borne kilométrique 909, le soleil ardent fuyait à l’horizon. Enfin, la ville de Tuléar dévoilait ses premières lumières à l’orée du soir … non sans ses discrets dégradés d’odeurs … Et la joie était pourtant au rendez-vous ! Que du bonheur ! “Bicycle” by Queen se tut. Off sur tous les sons Stéréo Dolby Surround. Mesdames, Messieurs, bienvenue à Tuléar, la capitale de l’Androy !

***

Sur la route d’Ifaty Jour 3

La route qui menait à Ifaty se jouait sur une piste de sable blanc bordée tantôt de tamariniers qui poussaient entre les quelques cases de pêcheurs, tantôt de cotonniers dont les flocons aux branches tachetaient un ciel limpide.

Nous roulions – ou plutôt tanguions – depuis quelques heures, le sable gagnant de plus en plus. Avec un porte-bagages surchargé et quinze passagers à bord, l’inévitable se produisit alors : enlisement, nerfs en boule et opération sauvetage qui dura tout l’après-midi – signée les pêcheurs villageois.

Pendant que notre homme au volant embraya et remonta le compte-tours à 3000 tr/mn afin de réussir à émerger les roues en détresse du sol sans consistance, nous enterrions sous les dunes une généreuse poignée de camarons en putréfaction, n’ayant pas survécu à la fournaise caniculaire. Certes, les glacières demeurèrent impuissantes … et le barbecue, inutile.

Quelques cris de victoire plus tard, les sauveteurs Vezo portèrent aux lèvres les bouteilles de THB offertes en guise de gratitude, pendant qu’au loin, les spectateurs d’anciens applaudirent à travers leur franc sourire édenté.

Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que le village d’Ifaty nous offrait sa magnifique vue de l’océan turquoise à perte de vue. Ses senteurs marines. Le doux murmure du ressac des vagues sur le rivage. Les rires de quelques enfants ramassant des fagots de bois pour le feu de la soupe au poisson …

Nous nous retrouvâmes cependant épuisés, assoiffés, affamés, noircis … et surtout découragés. Car, en franchissant les murs peints de dessins aux couleurs vives qui abritaient les bungalows, les mêmes réponses, vagues et indifférentes, nous congédiaient presque sans pitié : “Désolé, messieurs dames, nous affichons complet. Essayez au Gentil Pêcheur”. “Navré, nous n’avons plus rien pour ce soir. Avez-vous demandé du côté de Bamboo Club …?”

On lisait ce même discours sur les lèvres pulpeuses, les tresses, les coquillages négligemment posés sur le comptoir … et partout ailleurs, jusque chez l’ami Gontran “qui pourrait peut-être dépanner avec des chambres d’hôtes en demi-pension” …

Était-ce possible ?

Mais alors, toute la planète se livrait aux délices du farniente à Ifaty ?

Finalement, la belle étoile nous guidait ce soir-là vers notre hébergeur, un « complexe » rudimentaire, offrant quelques cases en toit de chaume, dans une lente moiteur à travers laquelle de gracieux lézards bruissaient en toute quiétude.

Et cette nuit-là, un hurlement strident déchirait le village paisible. Une manifestation de possession venait de s’emparer d’un villageois. Le « tromba ».

… Sauve qui peut …!

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