Wildfeeling

Attention, l’histoire courte que vous vous apprêtez à lire est, comme l’ont qualifié les lecteurs :

FlohennonFlohennon


Comme un taille-crayon, tes mots acérés ont fini par rendre pointue sa fureur de t’abandonner dans ta chaise roulante. De laisser brûler ton steak sans sel sur le feu. Et enfin se poser sans culpabiliser sur ton conga des carnavals de Cuba pour écouter ses doigts courir sur la peau de bête épaisse et odorante, le long de la texture polie et unie de la latte de bois.
– Vincianne ! Ça sent le brûlé !
Au fond, ce conga est une invitation à un wildfeeling, surgissent de son passé lointain des nuits enflammées et endiablées en plein cœur de l’Afrique, des fragments de souvenirs en transe des danseuses tribales.
– Nom de Dieu, Vincianne !! Ça crame !
Elle voit soudain les anciens, ils font griller des graines de courge sur un feu, retraçant tout le voyage d’une culture, la célèbre cérémonie d’initiation Bwiti d’un peuple du Gabon. Pendant qu’elles crépitent et éclatent, les anciens expliquent que ce rituel évoque le départ de l’esprit. Mais ce bruit est si réel que Vincianne se retrouve happée dans une effervescence de moiteur. Elle entend ta voix étouffée dans les braises qui appellent, alors qu’elle aperçoit les anciens qui vont à la rivière où une pirogue posée sur l’eau brandit une torche allumée de résine d’okoumé. Elle se souvient qu’il s’agit d’une pratique qui symbolise encore le voyage de l’esprit vers le soleil couchant. Elle vous voit toi et elle, dans les flammes maléfiques de la torche, les images de vos trente années de vie commune défilent … et partent en fumée. Les anciens et les souvenirs s’estompent soudain, révélant dans leur extraordinaire atrocité les flammes qui lèchent les murs, les tableaux, et tout ce qui reste de votre demeure.
Puis, une immense paix vient enfin s’emparer de son être.

***

Pourquoi ? Mais pourquoi sa nuit paisible est tourmentée par cette lumière crue qui tergiverse dans l’opacité des ombres ? Elle voit une lumière floue transperçant l’obscurité, un gyrophare. Des hommes en blanc sont penchés sur elle. Ambulanciers ? Ils poussent en courant une civière sur laquelle elle est couchée. Tout à coup, elle arrache son masque à oxygène, et s’entend appeler son mari.
Mais personne ne répond.
Se serait-il tu à jamais ? N’aurait-elle plus à ramasser telle une esclave, les épluchures de son taille-crayon ? Et elle aperçoit une dernière fois, le souvenir de son rictus.

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2 réflexions sur “Wildfeeling

  1. Très incisif à souhait ! Disons que c’était un cas de légitime défense : une envie de vivre car trop prisonnière ! C’est très percutant et redoutable. Merci ma Catsou pour cette imagination très fertile.

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