Bande de vampires

C’est l’histoire d’une tite fille noire timide, Sabina à peine sortie de l’adolescence. Une fille de l’île aux parfums du nord-est de Madagascar : Nosy-Be.

Du haut de ses 16 ans et de ses high heels qui claquent sur les dalles froides des night clubs, la tite fille noire timide à peine sortie de l’adolescence n’a pas vu s’implanter sur les lieux les suceurs de richesses du groupe allemand Tantalus Rare Earths AG, lequel s’intéresse aux terres rares de son île, celle d’Ampasindava Nosy-Be.

Elle, ignore bien sûr que les terres rares regorgent de groupes de métaux convoités et répandus dans l’écorce terrestre, aux-éléments-chimiquement-réactifs-et-aux-propriétés-électromagnétiques-à-configuration-électronique blablabla. Okey. Elle s’affaire plutôt dans le choix de son bâton de RAL made in China, ce soir : rouge cerise, rouge bordeaux …?

Donc, de ces matériaux fortement demandés sur le marché des nouvelles technologies, la tite fille noire timide s’en fout. Bon et pourtant elle était à l’école, mais à l’école, on lui faisait réciter les fables de La Fontaine et recopier les leçons sur l’accession au trône du Roi Louis XIV. Alors quoi hein, qu’est-ce que les terres rares d’Ampasindava Nosy-Be ? Ces terres rares exploitées pour ses matériaux destinés à la conception des écrans de tablettes et smartphones … Bah son smartfoune à Sabina elle l’utilise pour ses rendez-vous d’affaires, alors ne venez pas l’emmerder avec vos histoires de Madagascar et ses richesses minières.

Et pourtant, c’est sur ses terres justement que ces vampires avides de thune au sourire de requin débarquent : Tantalus de Vampirius et ses 300 kilomètres carrés à exploiter sur le site. De l’oxyde plus précisément.

Et le tout nouvel actionnaire de Tantalus s’appelle Bjorgolfur Thor Bjorgolsoon, né le 19 mars 1967 – tiens, même date d’anniversaire qu’une certaine écrivaillonne brouillonne en passant.  Un multi multi milliardaire, ce Bjorgolfur là. Et lui s’est donc vu acquérir 25% du capital de Tantalus pour l’exploitation des fameuses terres rares d’Ampasindava.

Le Bjorgolfur est jeune et beau. Aha, 48 ans. Et riche mandieu, riche ! Compte-t-il atterrir bientôt sur l’île à bord de son jet privé ? Réserver une suite dans un 5 étoiles ?

Sans doute qu’il atterrira, ou pas, et qu’il commandera un champagne et un cigare dans sa chambre d’hôtel de Nosy-Be avec vue sur la mer. Et Sabina n’en aura cure qu’il soit marié à la Kristin Olafsdottir ou à la Reine d’Angleterre. Elle ne saura même pas qui il est, fouchtra ! Un suceur de ses richesses – bon, avec un peu de chance, au propre comme au figuré. Elle guettera l’heure à laquelle il descendra dîner.

Mais sans doute que Sabina la tite fille noire timide n’aura finalement pas de quoi nourrir sa famille, son père sa mère ses sœurs son oncle, ah, trop timide je vous dis ! Car, à coups sûrs, le suceur de richesses n’aura pas eu envie de passer sa nuit avec un corps nichon pardon un cornichon aux high heels et hélas aux yeux tristes.

Lui guette plutôt les fraîches nouvelles de l’île sur le futur code minier qui tarde à être publié. Après tout, ça l’arrange. Tout comme la position de l’administration qui décide de classer les terres rares dans la catégorie des ressources brutes. Ne pas compliquer les choses ici hein. Alors que les pros du secteur, eux, au vu des observations et considérations sur le marché, considèrent déjà les terres rares de Madagascar comme ressources stratégiques, if you please ! Bien sûr, tout ça arrange le suceur de richesses, d’autant que l’exploitant Tantalus de Vampirius ne paie que de faibles redevances à l’Etat.

Enfin, chacun ses préoccupations. Sabina, elle n’en a que faire des oxydes de terres rares et compte plutôt se concentrer sur le sujet qui la préoccupe au plus haut point : comment pêcher un frétillant trésor qui voudra bien d’elle, un soir.

Sinon … Ayo elle est foutue.

Publicités

3 réflexions sur “Bande de vampires

  1. Une mer turquoise ; une île riche de richesses en tous genres, échangées en eaux troubles dans un échange forcément inégal avec une perdante, toujours la même : l’innocence. Derrière les apparences paradisiaques, l’enfer…
    Je me rends compte que je ne pourrais pas l’écrire ton histoire. Vois, mes phrases, déjà raidies par la colère. Toi, tu arrives à parler de choses graves avec la même grâce légère que d’habitude, ce qui fait que ton récit est beau et de terrible à la fois ; plus percutant que bien des réquisitoires. Bravo !

La bouate aux coms' (lâche-toi, c'est gratuit)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s