Ara la touffe (novelette)

Ceci est l’histoire courte, d’un ara qui rit.

gravures_couleur_oiseaux_-_ara_araraunaAu pays du Soleil Levant, le tourbillon de foule et d’odeurs s’embrouille dans les ruelles diaprées de la place du marché. Il est là, l’ara qui rit, sur son perchoir au fond de l’animalerie.
— Konichiwa, dis-je au vendeur narcissique qui se coiffe la barbichette. Je viens pour l’ara.
La barbichette s’étonne.
— Vous avez rendez-vous avec le Sensei ?
— C’est moi qui ai téléphoné ce matin. En réponse à votre annonce parue dans Le Petit Journal Tokyo.
Ah, quand on parle du loup on voit saké !
La voix du Sensei résonne au fond de l’animalerie.
— Entrez donc, dit-il.
— Konichiwa. Je viens pour l’ara qui rit.
Et je désigne l’oiseau au splendide plumage, qui rit.
Soudain, le Sensei (aussi raide et constipé que son sabre shinai de Kenjutsu) s’étouffe.
— Pardonnez mon indignation, grince le Sensei. Vous me voyez confus, mais ma bête n’est pas destinée à servir des pratiques suicidaires !
— Oh Sensei, vous débloquez pardon vous avez mal compris. Quand je dis ara, croyez-moi, je parle de ce perroquet qui rit.
Mais le samouraï aussi raide que son shinai continue de crachouiller, offusqué :
— Sachez qu’au Japon, nous Semboku à militer contre la maltraitance des animaux, et n’hésitons pas à faire appliquer la législation en vigueur si …
— Sensei … Je vous en prie. J’aime nos amies les bêtes.
Ah, le samouraï est dur de la feuille, complètement sourdingue.
— Il sera mon NAC, poursuis-je, alors ne vous faites aucun sushi quant au sort réservé à notre ara qui rit. Je compte d’ailleurs le baptiser Ara la touffe, si cela peut vous rassurer. Et puis, tout le monde est impatient de le voir, sur l’île aux baobabs. Si je vous disais katana(1), on aménage déjà son espace, une spacieuse volière, aérée et lumineuse ? Et Harisson’s Bird Foods l’attend déjà.
Le samouraï baisse la garde dans un ouf de soulagement.
— Il béquète aussi amandes et noix de palmier, dit-il enfin. Disons qu’il a un appétit d’oiseau. Par ailleurs, je suis d’avis que rester dans sa volière serait bon pour lui.
— En fait, nippon ni mauvais … N’oubliez pas qu’Ara la touffe sera mon animal de compagnie, et ma maison est aussi la sienne. Mais, très important … il cause au moins, notre ami ?
— Hai !
— Ha ben, déjà que l’oiseau me coûte bonbon, j’ai confiance que je ne suis pas en train de me faire plumer.
— Allons, notre psittacidé vocalise – enfin, en japonais pour le moment – mais il vous en bouchera un coin. Vous me tiendrez Ozu ?


(1) Tana, capitale de l’île aux baobabs.

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