Anamorphose

Les plumes d'Asphodèle

5 octobre 3097.
Ben sucra son café au miel d’abeille. Tria le contenu de sa boîte aux lettres sur ses genoux. Coupons-voucher électroniques, newsletters publicitaires, maigrir sans stress, grossir les seins sans chirurgie … Et, tout timide, un livre broché couleur vert citron. 
Ben haussa un sourcil, intrigué.
Si le titre du livre – Anamorphose – n’avait rien d’alléchant, l’incipit en revanche le séduisit instantanément : La soif ne le quittait plus. Qui donc lui offrait ce mystérieux ouvrage ?
Soudain, une carte de visite glissa des pages, celle de l’auteure, Anémone Casimir.  « Je vous offre mon premier roman, Anamorphose. L’ajouteriez-vous à votre PAL ? » disaient les mots manuscrits, aux caractères très féminins, tels des arabesques en forme d’accroche-cœur. Ça alors ! Ben n’en revenait pas.
Chômeur actif à plein temps, Ben n’avait d’ailleurs rien de programmé pour sa journée … alors autant découvrir au plus vite ce que cachait ce livre broché vert citron !
La soif ne le quittait plus. Tel le doux murmure d’une caresse, la chevelure ambre du ciel s’empara de la nuit lorsqu’il commença à s’agenouiller pour faire du feu.
Ah, Ben sentait qu’il allait aimer. Rideaux tirés et lumière du jour filtrée, il se créa une ambiance propice à la rêverie, et lut. Il lut, tourna les pages les unes après les autres, et … ahuri, se rendit compte qu’il avait bu chaque ligne jusqu’à la dernière goutte. Diantre ! Mais qui était donc cette Anémone Casimir ?
Il n’avait jamais entendu parler de cette auteure-là, non.
Pourtant, ce fut comme si elle faisait déjà partie de son existence, comblant ce vide qui l’habitait.
Cette nuit, les mots d’Anémone flottaient dans ses rêves. Ses délicieuses métaphores arpentaient son âme, abreuvaient ses esprits. Et Ben se réveilla, engourdi de tendresse. Alors, il se surprit à introduire la carte de visite dans la fente d’un EDT tactile – eletronic data terminal. Bien qu’il n’aimât pas agir de la sorte, sur un coup de tête. Mais il brûlait d’impatience. A l’écran s’affichèrent alors ses data, tels que ses taille (un bon mètre soixante-cinq), groupe sanguin, plats qu’elle souhaiterait commander dans les prochaines heures avec leurs valeurs nutritionnelles respectives, etc. Elle était végétarienne. Bref, l’EDT n’indiquait rien d’approximatif, et Ben cliqua sur  « call ».
— Allô ? répondit une voix ensommeillée, douce à l’image de ses mots.
— Oh, je vous réveille, pardonnez-moi.
C’est confirmé, Ben perdait la raison. Ben, le gus azimuté. Ben, le taré des cinglés.
Et il se présenta, Ben comme benne à ordures, il avait dévoré Anamorphose, n’avait pas les mots justes pour exprimer ce qu’il ressentait, voulait à tout prix la rencontrer afin de lui partager ses émotions de vive voix, tout.
C’est alors que dès le lendemain, le 6 octobre 3097, Ben fut reçu dans un magnifique bureau de verre, où flottait une agréable senteur d’abricot. Seul un cadre photo d’un étrange hibou décorait un pan du mur en chocolat. Le hibou n’avait rien de démoniaque. Pourtant, son regard pète-sec mettait Ben mal à l’aise.
— Oh, s’éleva soudain une charmante voix derrière lui. Hibou est mon éditeur.
Ben se leva, le cœur battant, son bouquet de roses devançant son sourire.
— Je me présente : Anémone Casimir.
— Anémone Casimir … C’est vous ? Oh mais … mais vous êtes une antilope … ?
Affirmativement, l’auteure du fameux livre vert citron hocha la tête.
— Oui … Et vous, un humain ? Comment se fait-il … Ça existe encore, les humains ?
— Oui j’en suis la preuve, murmura Ben, presque déçu. Mon arrière-grand-père et une poignée de sa descendance ont réussi à échapper à ces ours de braconniers. Enfin … vous vous attendiez à recevoir un koala j’imagine. Navré.
— Et je suppose que c’est vous Ben ? Comme benne à ordures ?
Ben acquiesça et lui tendit les roses, se gardant de croiser le regard du hibou.
— Elles sont magnifiques, mais vous n’auriez pas dû.
Anémone l’antilope plongea son museau dans les pétales odorants.
— Et … où vous cachiez-vous depuis tout ce temps, monsieur Ben ?
— Je ne me cache pas, voyons. Ben est une espèce inoffensive. Comptable dans une industrie de construction automobile. Enfin … je l’étais. Jusqu’à ce qu’un gros porc me licencie.


Texte libellé pour Les Plumes 51 chez Asphodèle

Les mots de la collecte en A comme Avril :

Abeille, arabesque, ambre, arpenter, automobile, abricot, actif, azimuté, s’agenouiller, anamorphose, aimer, accroche-cœur, ajouter, affirmativement, approximatif, alléchant, ambiance, ahuri, agir, abreuver.

Et il vous faudra insérer dans votre texte, à l’endroit qui vous conviendra cette petite phrase :

« La soif ne la (le) (me)* quittait plus. » […]

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55 réflexions sur “Anamorphose

  1. Faut que je règle mon calendrier, on doit pas être loin d’octobre 3097, entre les Jument verte et les Belette qui écrivent aussi chouettement ! Belle imagination, et tout et tout !
    la suiiite !!

  2. Mais quel succèèèèèès ! Bon… j’ai un bus dans 20 minutes, donc j’ai mis ton texte de côté, je le lirai quand je rentre. A quand ton feuilleton nouveau ? J’ai hâte de voir quel sujet tu vas traiter !!!

    • Mon feuilleton (aïe) … Finalement j’ai peur d’écrire et surtout de ne pas finir les longues histoires (tu as vu comme j’ai écourté « Sur le sentier du doute », j’avais du mal à y donner suite). Mais t’en fais pas, il y aura du teasing avant la sortie même de la saison 1 – d’une éventuelle série. Bises 😉

          • Beh… C’était un commentaire pour Karyne ahaha, comment il a atterrit ici? Bon j’ai une pause je lis ton texte ! #commentairesquinesertàrien

          • Très cute cette chute sur le gros porc, j’ai souri car ton ironie n’est jamais très loin. D’ailleurs, ça change un peu de tes autres écrits qui sont plus corrosifs et j’aime beaucoup cette variation. Les mots à placer t’ont permis de faire de belles phrases métaphoriques qui enrichissent le texte ! Ça me donne envie de m’atteler au moins une fois à l’exercice, je pense aller faire un tour sur le blog d’asphodèle auquel je suis déjà abonné…

            Pour le feuilleton – hormis mon commentaire HS sur l’amour – un bon moyen pour anticiper les fins abruptes… Fais-toi une base sommaire pour ton intrigue avec laquelle tu te donnerais des péripéties (ou personnages) éventuel(le)s que tu te garderais seulement si tu as envie d’aller plus loin. Je pense qu’avec ta pratique de la nouvelle et du feuilleton tu n’auras aucun mal!

            Des bises la belette.

            • Bah si tu aimes ce style, peut-être le retrouveras-tu dans voyages et chroniques, et conflits denses. Et dans quelques unes des histoires courtes …
              Quant au projet feuilleton, je le laisse macérer dans son coin pour un petit bout de temps.

  3. Eh bien la Belette, tu ne nous as pas posé un lapin !
    Tu fais une belle entrée dans les Plumes de miss Asphodèle !
    Bravo pour cette histoire azimutée mais bien menée…
    ¸¸.•*¨*• ☆

  4. J’ai pas vu la date de suite dis donc !! APRES que j’ai ri
    Bienvenue donc a toi dans les plumes car je ne t’avais pas encore lue voila qui est fait et bien fait !

  5. J’avais déjà beaucoup aimé ta participation à l’agenda ironique, là je suis carrément accro ! Je n’avais absolument pas vu la date et me suis laissée totalement surprendre, bravo pour l’imprévu, et pour le livre:D

  6. A reblogué ceci sur Le scribouilleuret a ajouté:
    Je ne vais dire que j’aime. Non. Ca serait insultant. Non moi j’adore. Comme à son habitude je termine ma lecture avec le sourire. Il me tarde de travailler avec cette petite belette. 🙂

  7. Une belle première fois Belette ! 😉 Alors c’est rassurant d’un côté de voir que les livres « papier » existeront toujours en 3097 mais pour le reste pas du tout (la carte data, etc) ! Un joli conte d’anticipation ! « le chômeur actif à plein temps » m’a bien fait sourire, c’est tout à fait ça ! 😀

    • Ah, la date … Je suis rassurée de ne plus faire partie de ce monde quand viendra cette date 😎 … mais regretterai sans doute de ne pas pouvoir prendre un verre sympa avec un panda poète. Rires : )
      Merci à toi Pathcath 😉

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